Loutre d’Europe, une reconquête du bassin versant du Meu bien amorcée

Un mouvement de recolonisation en pleine expansion en Bretagne

Rappelons tout d’abord que la loutre, autrefois présente sur toute l’Eurasie, a connu au cours du XXème siècle un déclin drastique, notamment dû à la chasse et au piégeage intensif pour sa fourrure. Ce déclin fut accentué au cours de la deuxième moitié du XXème siècle par la dégradation de ses habitats : destruction-drainage des zones humides, travaux hydrauliques sur les ruisseaux (rectification, recalibrage, curage, …), pollutions …, autant d’atteintes aux capacités d’accueil du milieu et donc d’appauvrissement de ses ressources alimentaires (poissons et batraciens).

C’est à partir des années 1980, grâce à la recherche d’indices effectuée par le Groupe Mammalogique Breton (GMB), que la recolonisation des territoires bretons par la loutre montre des signes de reprise significatifs, notamment par la mise en évidence de deux foyers majeurs en Centre Bretagne et dans la région du Golfe du Morbihan. Aujourd’hui, des quatre départements bretons, seul l’Ille et Vilaine reste largement inoccupé, présentant des données de présence très clairsemées qui doivent être le fait de populations rélictuelles ou d’individus erratiques.

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Particularité et historique de la recolonisation sur le bassin versant du Meu

Malgré sa faible présence en Ille et Vilaine comparé au reste de la Bretagne, c’est dans les années 1970 qu’apparaît la première donnée sur le bassin versant du Meu. Celle-ci sera confortée par d’autres données dans les années 1980 et 1990 permettant d’établir que la Forêt de Paimpont en Pays de Brocéliande forme le plus important noyau de recolonisation du département d’Ille et Vilaine.

De 2000 à 2005, ce mouvement de recolonisation par la forêt de Paimpont se poursuit et de nombreuses traces de présence apparaissent au milieu du bassin versant (Paimpont, Iffendic), ainsi qu’à l’aval du bassin, à proximité de la confluence avec la Vilaine.

Enfin, de 2010 à 2012, plusieurs indices apparaissent à l’aval du bassin versant et un cantonnement de deux individus à Mordelles semble pérenne suite à l’observation d’indices sur plusieurs mois. Ces résultats à l’aval du bassin sont présentés dans la carte ci-dessous.

Mais nous ne savons pas encore le devenir à long terme de cette population de loutre et si la recolonisation de bassin versant du Meu va se poursuivre ou les indices vont-ils disparaître comme cela a été le cas sur d’autres bassins en Ille et Vilaine ?

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Une recolonisation lente et difficile

La loutre reconquiert ses territoires en passant des sources d’un cours d’eau à celles d’un autre bassin versant.

Ce phénomène de colonisation est lent et réalisé essentiellement par les mâles adultes qui peuvent parcourir de grandes distances à la recherche d’un nouveau territoire. Cela est aussi dû aux caractéristiques biologiques de l’espèce qui ne lui permettent pas d’avoir une forte dynamique démographique : faible fécondité (deux loutrons en moyenne par portée et une portée au mieux par an avec un long apprentissage des jeunes), forte mortalité naturelle (espérance de vie de 4 à 5 ans en moyenne chez l’adulte et faible survie des jeunes), fortes dépenses d’énergie (déplacements et captures dans l’eau). L’état des milieux naturels et le besoin d’un domaine vital de très grande taille (5 à 40 kilomètres par individu) lui interdisent d’atteindre des densités fortes.

Outre ces aspects intrinsèques à l’espèce, les collisions routières sont devenues ces dernières années, la principale source de mortalité due à l’Homme. Sur le bassin versant du Meu, on notera le recensement d’une loutre victime d’une collision avec un véhicule à Chavagne en janvier 2013.

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Loutre morte à Chavagne en janvier 2013

 

La prise en compte de la Loutre dans les actions du Syndicat

C’est dans nos activités d’entretien et de restauration des rivières qu’il est important d’assurer des pratiques qui soient compatibles avec l’écologie de l’espèce : conservation de gîtes potentiels (souches, arbres avec système racinaire dense et excavé, buissons, …) et la préservation de ses ressources alimentaires. La loutre a donc besoin d’une véritable mosaïque d’habitat répétée tout le long de son domaine vital, afin de satisfaire l’ensemble de son cycle biologique, dont notamment, la reproduction et l’apprentissage des jeunes.

Les travaux de restauration des milieux aquatiques réalisés par le Syndicat, dont l’entretien sélectif des boisements de berge et des embâcles, la restauration des lits mineurs des cours d’eau par la mise en place d’enrochements, la lutte contre le piétinement des berges par le bétail, l’aménagement de frayères, etc..., lors du Contrat Restauration-Entretien des berges de 2007 à 2012, a induit une amélioration significative des habitats en lit mineur et sur les berges, probablement à l’origine d’une amélioration des effectifs de poissons, ce qui aura été profitable à la loutre et peut en partie expliquer sa présence depuis plusieurs mois consécutifs sur le bassin versant du Meu.

Des aménagements spécifiques tels que la construction de gîtes (catiches) ou l’aménagement de passages à loutre, en assurant un cheminement terrestre sous les ponts routiers afin d’éviter les collisions, pourraient être des actions à mener dans le cadre des futurs programmes d’actions du Syndicat afin d’assurer la pérennité de l’espèce sur notre bassin.

Pour en savoir plus sur la loutre en Bretagne : www.gmb.asso.fr (site internet du Groupe Mammalogique Breton)


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Loutre morte à Chavagne en janvier 2013

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